Histoire
v.1080-1522 : de Jérusalem à Rhodes
v.1080-1291 : Jérusalem
Les origines
L'ordre a ses origines au monastère Sainte-Marie-des-Latins fondé à Jérusalem, au milieu du XIe siècle, par des marchands amalfitains. Le supérieur, Gérard Tenque, crée vers 1080 à côté de son monastère un « hôpital » (ou hospice) dédié à Jean le Baptiste. Son rôle est d'accueillir et de soigner les chrétiens venus accomplir un pèlerinage en Terre Sainte. Jérusalem est, à cette époque, sous domination musulmane.
Villedieu-les-Poêles (Manche), accueille la première commanderie des Chevaliers de Malte
Vers 1130, Henri 1er Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, fait don aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem d'un territoire situé en vallée de la Sienne, qui devient la première commanderie de l'Ordre.
Tous les quatre ans une importante délégation de l'Ordre souverain des Chevaliers de Malte participe aux cérémonies du Grand Sacre à Villedieu-les-Poêles
Organisation de l'ordre
Lors de la première Croisade en 1099, Jérusalem passe sous domination chrétienne. Cette prise, voulue par le pape Urbain II, renforce de façon importante l'insécurité dans la région. C'est pourquoi les frères hospitaliers, reconnus comme ordre monastique le 15 février 1113 par le pape Pascal II[8], deviennent rapidement après leur fondation un ordre militaire, le deuxième en Terre Sainte après les Templiers. Raymond du Puy, premier Grand Maître de l'ordre entre 1120 et 1160, se charge de cette transformation en le structurant en trois classes[7] : les bellatores (guerriers - c'est-à-dire les militaires) constituent la première classe, les sacerdotes (les religieux) la seconde, les autres membres étant regroupés au sein d'une troisième classe, les laboratores (c'est-à-dire les travailleurs). L'Église proteste un temps contre la militarisation de l'ordre en lui rappelant que son premier devoir est de secourir les pauvres et les malades ; mais après la prise de Jérusalem en 1187 par Saladin, on s'accommode de cette solution[7]. Les membres de l'ordre prennent comme cri de guerre : Saint-Jean, Saint-Jean ![9], la raison en est que Jean le Baptiste est le saint protecteur de l'Ordre de Malte[10].
Drapeau de l'ordre établi en 1130 par le pape Innocent II.
À la demande de Raymond du Puy, le pape Innocent II attribue aux Hospitaliers, en 1130, le drapeau rouge à croix blanche[11] - tel qu'il flotte encore de nos jours sur les palais de l'ordre -. Mais il faudra attendre la parution en 1496 des « princeps de l'Ordre »[12] pour que la forme de la croix à quatre branches bifides trouve une signification spirituelle à travers les huit béatitudes du Christ. Avant cette date, les différentes illustrations montrent l'habit marqué d'une croix pattée, potencée, quelques fois bifide, mais rarement simple.
En 1153, le pape Eugène III donne son approbation de la Règle des Hospitaliers[11].
Le Krak des Chevaliers (reconstitution) contrôlé par les chevaliers de l'Ordre de Malte entre 1142 et 1271
Comme les Templiers, les Hospitaliers vont alors jouer, jusqu'au XIIIe siècle, un rôle de premier plan sur l'échiquier politique du royaume de Jérusalem. En 1137, ils reçoivent de Foulques Ier, roi de Jérusalem, la garde de la forteresse de Bath-Gibelin[11] ; en 1142 celle du krak des Chevaliers[13]. Leur structure militaire et leurs places fortes en font une armée très efficace, même si elle n'hésite pas à s'ingérer dans la conduite du royaume, formant à la cour un véritable « parti de la guerre », qui s'oppose aux « poulains », seigneurs francs nés en Terre Sainte, plus favorables à une entente avec les musulmans.
En 1181, paraissent les premiers statuts officiels de l'ordre concernant l'accueil des malades[11].
La puissance de l'ordre vient avant tout de ses possessions en Occident. En effet, sa double vocation, militaire et monastique, lui attire les faveurs de la noblesse, qui se sent plus proche de ces moines-chevaliers que des institutions ecclésiastiques. Cela est particulièrement frappant dans le Midi de la France et dans la péninsule ibérique. Le roi Alphonse Ier d'Aragon va jusqu'à laisser le tiers de son royaume aux ordres militaires à sa mort en 1134. Les Hospitaliers organisent ces dons reçus de l'Occident en commanderies, elles-mêmes regroupées en prieurés, puis en grands prieurés, dont les chefs, les prieurs, répondent directement au grand-maître, chef suprême de l'ordre. Ces commanderies, gérées par des frères trop âgés pour combattre, envoient en Terre Sainte les subsides nécessaires à la poursuite de la lutte contre les musulmans.
En 1206, paraissent les premiers statuts officiels et connus de l'ordre : en accord avec la division en trois ordres de la société médiévale, ils confirment les trois classes établies par Raymond du Puy :
1. ceux qui combattent, chevaliers nobles et sergents roturiers.
2. ceux qui prient, les chapelains
3. ceux qui travaillent, les frères servants
Parmi les chevaliers sont recrutés les responsables de l'ordre, commandeurs, prieurs et grand-maître. Tous ces frères sont liés par les v½ux religieux, à la différence des confrères, chevaliers qui se joignent temporairement à l'ordre ou font promesse de s'y joindre à l'article de la mort, pour bénéficier ainsi de sa protection spirituelle tout en menant une vie laïque. Les Hospitaliers doivent se consacrer – en plus de leur action militaire – aux soins des malades, à l'entretien des hôpitaux en Terre Sainte et en Occident et à l'accueil des pèlerins. Dans les périodes mouvementées des XIIe et XIIIe siècles, c'est néanmoins la fonction militaire qui prend le dessus, particulièrement en Terre Sainte.
L'exode suite à la perte de Saint-Jean-d'Acre
L'ordre suit les vicissitudes des États latins de Terre Sainte et leur recul progressif vers la côte. Le 28 mai 1291[14], les croisés perdent Saint-Jean-d'Acre à l'issue d'une bataille sanglante durant laquelle le Grand maître hospitalier, Guillaume de Villiers, est grièvement blessé. Les chrétiens sont alors obligés de quitter la Terre sainte et les ordres religieux tels que les Templiers et les Hospitaliers n'échappent pas à cet exode. La Grande maîtrise de l'ordre est alors déplacée à Chypre.
1291-1309 : Chypre
À la différence des Templiers, qui se réorganisent en Occident, l'ordre se replie vers Chypre où se trouve déjà le roi titulaire de Jérusalem, Henri II de Lusignan, qui voit d'un mauvais ½il une organisation aussi puissante s'installer sur son royaume. Là, l'ordre instaure en 1301 une structure élaborée pour ses possessions en Occident fondée sur les « Langues »[15]. Ces « Langues » sont des groupements régionaux de grands prieurés, eux-mêmes regroupements de commanderies. Elles sont au nombre de sept, puis huit à partir de 1492[16], et chacune est dirigée par un pilier, qu'on appellera plus tard bailli :
1. la « Langue de Provence » : tout le Midi de la France en plus de la Provence, avec deux grands prieurés, Toulouse et Saint-Gilles ; le pilier de Provence est grand commandeur et seconde le grand-maître dans ses fonctions.
2. la « Langue d'Auvergne » : tout le centre de la France ; un seul grand prieuré, celui de Bourganeuf ; le bailli d'Auvergne a le statut de maréchal, commandant de l'armée que constitue l'ordre.
3. la « Langue de France » : ne couvre en fait que le nord de la France, avec les grands prieurés d'Aquitaine (siège à Poitiers), de Champagne et de France ; le bailli de France est le Grand hospitalier de l'ordre ; il a pour fonction de gérer les activités charitables de l'ordre.
4. la « Langue d'Espagne » : elle recouvre toute la péninsule ibérique, avec les grands prieurés d'Amposta ou d'Aragon, de Catalogne, de Castille et León, de Navarre et de Portugal ; le bailli d'Espagne est drapier de l'ordre (cette charge sera, après 1492 [16], celle du Bailli d'Aragon), c'est-à-dire qu'il est en charge des vêtements pour les frères et les malades. En 1492, [16] une huitième Langue est constituée en raison de la scission de celle d'Espagne en deux parties :
* la « Langue de Castille » garde la Castille, León et le Portugal. Après 1492, le pilier de Castille est grand chancelier de l'ordre.
* la « Langue d'Aragon » hérite d'Amposta, de la Catalogne et de la Navarre
5. la « Langue d'Italie » : les grands prieurés de Messine, de Barletta, de Capoue, de Rome, de Pise, de Lombardie et de Venise ; le bailli d'Italie est l'amiral de la flotte de l'Ordre de Malte
6. la « Langue d'Angleterre » : toutes les Îles britanniques avec les grands prieurés d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande ; le bailli d'Angleterre est turcopolier, c'est-à-dire commandant des troupes légères.
7. la « Langue d'Allemagne » : les grands prieurés de Bohême, de Danemark, de Haute-Germanie, de Basse-Germanie, de Hongrie, de Pologne et de Suède. Le pilier d'Allemagne est le seul à ne pas avoir de grand office.
En 1306, le pape Clément V autorise les Hospitaliers à armer leurs navires[17].
Cette administration, exemplaire pour l'époque, permet à l'ordre de tirer un grand profit de ses possessions en Occident et d'entretenir l'espoir d'une reconquête de la Terre Sainte.
1310-1523 : Rhodes
Entrée du palais du Grand maître à Rhodes
Entre 1307 et 1310, l'ordre, dont la rivalité avec le roi de Chypre ne cesse de s'accentuer, conquiert l'île de Rhodes[18], alors sous souveraineté byzantine, qui devient son nouveau siège. De leur position insulaire, les Hospitaliers développent la grande flotte qui fait leur réputation.
En 1311, ils créent le premier hôpital de l'île de Rhodes[19].
Leur richesse s'accroît encore par le transfert Ad providam des biens des Templiers, le 2 mai 1312[20] (à l'exception de leurs possessions d'Espagne et du Portugal, où deux ordres naissent des cendres de l'ordre du Temple, l'ordre de Montesa et l'ordre du Christ). L'ordre de Saint-Jean, qu'on commence à appeler « de Rhodes », transforme son action militaire en guerre de course, alors peu différente de la piraterie, attaquant même des bateaux chrétiens et pratiquant l'esclavage. Signe d'un enrichissement de l'ordre en même temps que d'une conquête de souveraineté, les grands maîtres se mettent à battre monnaie à leur effigie.
En 1344[17], les Hospitaliers conquièrent la ville de Smyrne, dans l'actuelle Turquie, mais la perdent en 1402[17].
Siège de Rhodes en 1480
Mais, pendant que les chevaliers de Rhodes exercent un contrôle maritime sur la mer Égée, la dynastie ottomane conquiert peu à peu les territoires riverains : l'empire agonisant de Byzance et les États latins de Grèce nés de la quatrième Croisade. En 1396, une croisade soutenue par l'ordre essuie un échec sanglant à Nicopolis. Le sultan Bajazet Ier a désormais les mains libres dans les Balkans. Seule sa défaite de 1402 face aux Mongols de Tamerlan sauve Rhodes. Avec l'échec de Nicopolis, tout espoir de reconquête terrestre des Lieux Saints par l'ordre est définitivement perdu. Les chevaliers ne peuvent plus agir que par la guerre de course en Méditerranée.
En 1440[17] puis en 1444[17], l'île de Rhodes est assiégée par le sultan d'Égypte, mais les chevaliers de Rhodes repoussent ces deux attaques.
En 1453, le sultan Méhémet II s'empare de Constantinople ; le grand maître Jean de Lastic se prépare à un siège. Celui-ci n'est mis autour de Rhodes qu'en 1480[21] et le grand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes du pacha Misach, ancien prince byzantin converti à l'Islam, grâce à des secours en provenance de France, conduits par le propre frère du grand maître, Antoine d'Aubusson. Le siège décisif a lieu en 1522[22]. Le sultan Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois la ville de Rhodes avec 200 000 hommes et ne parvient à la prendre qu'à la suite de la trahison du grand chancelier d'Amaral. Impressionné par la résistance héroïque du grand maître Philippe de Villiers de L'Isle-Adam, il accorde libre passage aux chevaliers rescapés. Emportant dans trente navires leur trésor, leurs archives et leurs reliques, dont la précieuse icône de la Vierge de Philerme[23], l'un des symboles de l'ordre, les chevaliers quittent définitivement la Méditerranée orientale et la proximité avec le monde musulman le 1er janvier 1523[17].
1523-1530 : l'errance
Les Hospitaliers entament en 1523[17] une errance de sept années qui les conduit à Civitavecchia[24], en Italie, puis, en 1528, le pape Clément VII, ancien Hospitalier, les héberge à Viterbe[24] ; mais finalement, ils partent pour Nice en Savoie peu de temps après[24].
1530-1798 : l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte
L'installation dans l'archipel
L'empereur Charles Quint, comprenant l'utilité que peut avoir un ordre militaire en Méditerranée face aux avancées ottomanes (Alger est conquis par le célèbre Barberousse en 1529), confie à l'ordre l'archipel de Malte, dépendance du royaume de Sicile, par un acte du 24 mars 1530. Les chevaliers se retrouvent aux avant-postes de la Chrétienté, mais le grand maître de Villiers de l'Isle-Adam entretient toujours l'espoir de reprendre pied à Rhodes. Ce n'est qu'à sa mort, en 1534, que les Hospitaliers renoncent définitivement à l'Orient. Face aux progrès ottomans (Tunis est pris en 1534), le borgho, principale ville de l'archipel, est fortifié. Alors que pèse cette menace sur le nouveau siège de l'ordre, la Réforme porte en Europe du Nord un grand coup aux possessions des Hospitaliers. De nombreuses commanderies sont sécularisées et certains grands prieurés cessent purement et simplement d'exister, comme ceux de Suède et de Danemark. En 1540, le roi d'Angleterre Henri VIII supprime de facto la Langue d'Angleterre. C'est dans ce contexte difficile que l'ordre doit faire face à la plus grande épreuve de son histoire : le « grand siège » de 1565.
Le « grand siège » de 1565
Portrait de Jean Parisot de La Valette, 49e Grand maître de l'ordre
La flotte turque qui se présente le 18 mai 1565[25] devant Malte compte plus de 160 galères et 30 000 hommes, face aux 800 chevaliers et 1 450 soldats que le grand maître Jean Parisot de La Valette a convoqué.
Les Ottomans prennent place sur la presqu'île de Sciberras qui domine Birgu et son Grand Port. Cependant à l'extrémité de la presqu'île se trouve le fort Saint-Elme que les Ottomans doivent réduire au silence afin de pouvoir lancer l'assaut sur Birgu.
Le Siège de Malte (1565)
Cette citadelle dont les fortifications ne sont pas encore achevées est tenue par 60 chevaliers et quelques centaines d'hommes. Le chef des Ottomans le corsaire Dragut espère en être maître en cinq jours. Les cinquante canons turcs commencent à pilonner le fort et les ottomans partent à l'assaut mais les chevaliers résistent. Cependant le fort est isolé, encerclé par les galères ottomanes d'un côté et de l'autre par les troupes terrestres, la faiblesse numérique des chevaliers les empêchant de lancer une contre-attaque pour briser l'encerclement. Les chevaliers, affamés, renforcés par les quelques soldats qui parviennent à rejoindre le fort à la nage, tiennent plusieurs semaines mais la situation devient rapidement critique. Celui de Saint-Elme tombe le 23 juin, deux cents chevaliers y trouvent la mort.
De plus, pour démoraliser les chevaliers restant de l'île, le commandant ottoman, Mustapha pacha, lance dans la rade des radeaux portant les corps crucifiés de défenseurs du fort de Saint-Elme. En réponse à cela, Jean Parisot de La Valette fait décapiter les prisonniers ottomans et expédie leurs têtes dans les lignes ennemies à coups de canon.
Les Ottomans se tournent alors vers Birgu en juillet mais le temps qu'ils ont perdu face au fort Saint-Elme a été mis à profit par l'ordre pour demander de l'aide dans toute l'Europe chrétienne. Les deux autres forts, Saint-Ange et Saint-Michel, tiennent bon, ainsi que l'enceinte de Birgu, duquel les Turcs, parvenus à y faire une entrée le 7 juin sont repoussés. La situation des assiégés maltais est critique quand arrive le 7 septembre le « Grand secours »: l'armée espagnole en provenance de Sicile. Les Turcs sont contraints à lever le siège. Les Turcs se replient alors laissant environ 30 000 morts sur le terrain tandis que les pertes chrétiennes ne s'élèvent qu'à 9 000 morts et 219 chevaliers tués. L'échec ottoman est incontestable; cette page glorieuse de l'ordre ouvre une longue période de prospérité pour Malte.
Lépante et la mainmise de l'ordre sur la Méditerranée occidentale
La Bataille de Lépante (1571)
Après l'échec du siège, l'ordre se retrouve au centre des attentions des puissances catholiques européennes. Le 7 octobre 1571, les Hospitaliers s'illustrent à la bataille de Lépante, où la flotte de la sainte Ligue, commandée par don Juan d'Autriche, détruit la flotte ottomane. Une autre célèbre bataille maritime est livrée, le 16 août 1732, au large de Damiette en Égypte[26].
Après Lépante, le danger en Méditerranée ne vient plus de la flotte de guerre ottomane mais des corsaires « barbaresques » d'Afrique du Nord. L'ordre se lance à nouveau dans le corso, la guerre de course, qui de contre-attaque qu'elle était à l'origine, devient vite un moyen pour les chevaliers de s'enrichir par l'arraisonnement des cargaisons mais surtout par le commerce d'esclaves, dont La Valette devient le premier centre chrétien.
L'ordre entre alors dans une période de singulières mutations : les chevaliers novices lui doivent d'effectuer quatre « caravanes », quatre expéditions de course lors de quatre années consécutives à Malte, mais reçoivent souvent par la suite la permission de servir leur souverain d'origine. Les institutions centrales du grand magistère s'enrichissent de la course et transforment les commanderies européennes en un système de bénéfices qui permet à l'aristocratie de placer ses fils cadets, qu'elle fait souvent admettre dans l'ordre dès l'enfance afin qu'ils soient mieux placés dans la « course aux commanderies ». Ainsi, on trouve peu de chevaliers accomplissant toute leur carrière dans l'ordre, mais au contraire une rotation importante de novices venus accomplir leurs « caravanes », qui, une fois munis d'une commanderie, s'en vont servir leur roi, souvent dans la marine. Les grands amiraux français des XVIIe et XVIIIe siècles, tels Coëtlogon, d'Estrées, Tourville ou Suffren, sont tous des chevaliers de Malte.
Malte et la culture
Portrait d'Alof de Wignacourt, 54e Grand maître de l'ordre, peint par Le Caravage qui fut un éphémère chevalier de Malte
Au XVIe et XVIIIe siècle, l'île — et donc l'Ordre de Malte — est devenu un lieu de rencontre et de raffinement où se croisèrent de nombreux artistes[27] tel Le Caravage, Rubens, Baccio Bandinelli, ou encore Mattia Preti. On ne peut néanmoins pas parler d'« École Maltaise » au sens littéral car les influences étaient très diverses ; mais leur héritage, par notamment de nombreux portraits de membres de l'ordre, reste très important.
De plus, l'Ordre de Malte a accumulé de très nombreux trésors baroques au XVIIIe siècle : on y trouve en particulier des tapisseries exécutées par les Gobelins entre 1708 et 1710[27] et la grande bibliothèque de Malte construite entre 1786 et 1796[27] selon les plans de Stefano Ittar. En 1798, on y dénombrait 80,000 livres[27]. En raison de la perte de l'île en 1798, cette bibliothèque n'a été inaugurée qu'en 1812[27] par les anglais, et ce n'est qu'en 1976[27] qu'elle a reçu son nom actuel de « Bibliothèque nationale de Malte ».
Malte et la médecine
Du XVIe au XVIIIe siècle, les Hospitaliers vont développer de manière très importante les techniques de médecine et de soins du corps. On peut citer notamment les premières anesthésies[28] à la fin du XVIIIe siècle, avec des éponges imbibées d'opium que les malades suçaient jusqu'à s'évanouir.
Mais tout commence réellement en 1523[29] quand les Hospitaliers innovent dans la médecine d'urgence en créant le premier navire hôpital avec la caraque « Santa Maria » ; puis en 1550, durant la guerre contre le corsaire ottoman Dragut, ils installent des infirmeries de campagne sous des tentes afin de pouvoir soigner les militaires blessés[29]. Parallèlement, en 1530, le Grand Maître Villiers de L'Isle-Adam crée une « Commission de santé » composée de deux chevaliers et de trois notables[29] en installant la première « Sacrée infirmerie » et une apothicairerie sur l'île de Malte. Ce complexe, novateur à l'époque, est construit sur la côte Est de l'île en face du port afin de pouvoir accueillir le plus rapidement possible les blessés acheminés par mer. Cependant, il faudra attendre 1532[29] pour qu'il soit terminé.
Plus tard, en 1575[29], un second hôpital sera construit de l'autre côté de l'île de Malte.
En 1595[24], l'École de médecine de Malte est créée ; plus tard, apparaissent l'École d'Anatomie et de Chirurgie (1676[24]), puis l'école de pharmacie de Malte (1671[24]) et enfin la bibliothèque médicale de Malte (1687[24]). Mais il faudra surtout attendre 1771[24] pour que soit crée la fameuse Université de médecine de l'île de Malte qui ajoutera à la renommée méditerranéenne de ses pratiques médicales, une attractivité mondiale[24].
On peut également noter la création de l'École de mathématiques et des sciences nautiques au sein de l'Université de Malte en 1782[24] ; puis, en 1794, la création de la chaire de dissection de Malte[24].
La fin de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Paul Ier de Russie (élu 71e grand maître mais non reconnu par le pape) - il porte au cou le collier de l'Ordre de Malte
En 1792, la Révolution française confisque les biens français de l'Ordre de Malte, comme ceux de tous les autres ordres religieux. Le Grand prieuré de France est dissous cette même année[30]. L'ordre perd alors les trois quarts de ses revenus en France.
En 1793, l'île de Malte échappe de peu à une révolte fomentée par des espions de la Convention[24].
Le 19 mai 1798, Bonaparte en route pour la campagne d'Égypte, quitte Toulon avec le gros de la flotte française et parvient à échapper à la poursuite de la flotte britannique de Nelson. Les troupe française s'emparent de Malte, le 10-11 juin 1798, pour assurer les communications ultérieures avec la métropole. Le 19 juin 1798, après avoir laissé une garnison de 3 000 hommes sur place, la flotte met le cap sur Alexandrie. Face à cette occupation, le peuple maltais cherche un appui auprès du roi de Naples et de l'ennemi du moment des Français, l'Angleterre. Celle-ci dépêche le capitaine Alexander Ball à la tête d'une flotte de blocus. Les français sont bloqués par terre par les maltais et par mer par les anglais. Le 5 septembre 1800, la garnison française fait reddition au capitaine Ball alors nommé gouverneur de l'archipel au nom de sa majesté le roi des Deux-Siciles. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean sont chassés de l'île par Napoléon et le grand maître Ferdinand de Hompesch demande au tsar de Russie Paul Ier de devenir le protecteur de l'ordre. Le 10 octobre 1798, les 249 chevaliers de l'ordre exilés en Russie le proclament « grand maître de l'ordre de Saint-Jean ».
L'élection de Paul Ier en 1798 provoque de nombreuses objections[31]. En effet, celui-ci est orthodoxe et marié. Cet évènement sans précédent dans l'histoire de l'ordre amène le Pape Pie VI à ne pas le reconnaître comme grand maître. C'est de l'abdication de Hompesch et de cette élection que les historiens date la fin de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Au décès de Paul Ier, en 1801, son fils Alexandre Ier de Russie, conscient de cette irrégularité, décide de rétablir les anciens us et coutumes de l'ordre catholique des Hospitaliers[31], par un édit du 16 mars 1801 par lequel il laisse les membres profès libres de choisir un nouveau chef. Néanmoins, étant donnée l'impossibilité de réunir l'ensemble des électeurs, le comte Nicholas Soltykoff assure l'intérim de la charge. Finalement, en 1803 pour tenter de sauver l'Ordre, il est convenu que la nomination du grand maître incombera uniquement et exceptionnellement au Pape Pie VII alors régnant ; le 9 février 1803[31], le pape choisit le candidat élu du Prieuré de Russie, le bailli Jean-Baptiste Tommasi comme premier grand maître nommé et non élu par les Hospitaliers.
1798-1879 : un État sans territoire
Chassé, l'ordre cherche néanmoins à récupérer son territoire à Malte, et réussit à faire passer dans le traité d'Amiens (25 mars 1802)[32] une clause qui prévoit la restitution de son territoire insulaire ; mais cet événement ne se produira pas car la France et l'Angleterre sont de nouveau en guerre. Le Grand Maître Tommassi installe l'état-major de l'ordre à Messine en Sicile, puis à Catane en Italie, en attendant la possibilité de rentrer à Malte.
En 1814, le traité de Paris reconnaît l'Angleterre (anglicane) seule propriétaire de l'île de Malte[33], ce qui éloigne encore un peu plus les espoirs d'un retour. En 1822, pourtant, la convention de Vérone[33] reconnaît une fois encore la légitimité des réclamations de l'Ordre mais devant un blocus international, l'île ne leur est pas restituée.
Devant cet « État sans territoire », le pape Léon XI leur accorde en 1826 [33] comme consolation un couvent et une église à Ferrare en Italie. En 1834, bien ancré en Italie, l'Ordre installe définitivement son état-major à Rome avec la bénédiction papale.
À partir de 1864, l'organisation internationale en « Langues » de l'ordre de Malte disparaît au profit de la création d'« Associations nationales » ou de « Grand Prieurés ». Depuis 1805, à la mort de Giovanni Battista Tommasi, aucun grand maître n'est élu à la tête de l'Ordre. En 1879, le pape Léon XIII rétablit la dignité de « grand maître » qui était vacante avec le nomination de Giovanni Battista Ceschi a Santa Croce.